Forêts-témoins [Sous les feuillages et sous les eaux, une rivière aux herbes traînantes où il n’y avait personne]

Forêts-témoins [Sous les feuillages et sous les eaux, une rivière aux herbes traînantes où il n’y avait personne] explore les mémoires enfouies du Bas-Saint-Laurent par ses terres et ses eaux marquées de siècles de déplacement, d’effacement et de résistance.
Comment l’art peut-il contribuer au sentiment d’appartenance à un lieu ; nous aider à développer un sens de reconnaissance et de connexion à ce lieu ?
Les lieux en forêt, sous l’eau et sur l’eau sont tels des palimpsestes constitués des strates de colonialisme et de résistance. Ils posent la question de « qui est enfermé à l’extérieur de chez-lui ? » sous-tendant des notions de propriété, de liberté, d’effacement, de déplacement, de construction-dépossession-déconstruction-reconstruction tant d’un point de vue de l’habitation, que de l’identité intime et collective. Notre duo mènera une quête de connexion radicale le long du chemin que nous avons parcouru tout un long de notre vie de notre naissance dans le Bas St-Laurent.

Réactiver la mémoire d’un territoire et les histoires qui l’habitent, écouter les descriptions orales et fouiller les archives liées aux paysages a mené notre duo à un nouveau chemin d’accès par la création d’une série d’autels d’histoires et d’objets sous tentes recouvertes d’éléments cartographiques brodés.
Les lieux cartographiés comprennent l’emplacement des colonies du Bas-St- Laurent où nos grands-parents (Lucien Samuel et Rose Alma St-Laurent) ont grandi et se sont rencontrés mais également les segments de territoires ayant connu des formes de colonisation successives. La Pocatière occupe une position géographique centrale dans l’itinéraire de cette histoire que nous souhaitons raconter.
Les eaux, chemins confisqués : En 1919 est créée la Société de colonisation de Rimouski qui vise à peupler le Bas-Saint-Laurent. Au fil des phases successives de colonisation, des routes nautiques essentielles pour les nations Wolastoqiyik Wahsipekuk et Mi’gmaq furent confisquées. Elles fréquentaient alors le Bas-Saint-Laurent en empruntant les rivières Restigouche et Matapédia pour atteindre la rivière Matane.
Terres, forêts et maisons : Le 2 mai 1935, l’Assemblée législative du Québec adopte la « Loi pour promouvoir la colonisation et le retour à la terre » instituant le plan de colonisation Vautrin, du nom du ministre de la Colonisation. L’attachement des Peuples autochtones au territoire est balayé du revers de la main ; y sont envoyées des familles pauvres de colons, dont celles de notre grand-père et celle de notre grand-mère qui y construiront une vie pour être expropriés à leur tour plusieurs années plus tard.
Lors d’une résidence de création à Vrille Art actuel (La Pocatière), sous l’invitation de la commissaire Ariel Rondeau, nous avons exploré les documents du Centre d’Archives de la Côte-du-Sud en compagnie et avec l’aide précieuse de Pierrette Maurais et Michel Dumais : un chemin s’est tissé entre les histoires de notre propre famille et celles, plus larges, des communautés autochtones et des colons qui ont habité, perdu et reconstruit un chez-soi sur ce territoire. Place Courage a pu poser l’oreille sur le territoire, amorcer des liens avec les aîné·es, les passeurs et passeuses de savoirs, et des familles. Lors d’un atelier de broderie-géographie, notre duo a invité les communautés du Bas-Saint-Laurent à raconter leurs propres histoires de déplacement.
En août 2026, une œuvre vidéo a été exposée au Musée québécois de l’agriculture et de l’alimentation et une performance in situ a été réalisée par le duo dans le cadre de sa résidence à Vrille Art actuel.

*La version longue du titre est inspirée de la confiscation de la rivière St-François, une route nautique importante pour la Nation W8banakiak qui la nomme Alsig8ntegw, soit à la fois « la rivière aux herbes traînantes » et « la rivière où il n’y avait personne ». Ce titre évoque à la fois le mouvement, le déracinement et l’invisibilisation des communautés déplacées et effacées de l’histoire.

Pour en apprendre plus au sujet de la résidence de création réalisée à Vrille, c’est ici!
L’autrice Fanny Britt a été invitée à suivre les artistes pendant leur séjour afin de rédiger un texte offrant un regard tiers sur leur expérience de création. Le texte sera publié sous peu.